Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 11:12

Campagneaussoleil Campagne au soleil, Vincent Van Gogh

 

"Etés réverbérés par le gravier jaune et chaud, étés traversant le jonc tressé de mes grands chapeaux, étés presque sans nuits... Car j'aimais tant l'aube, déjà, que ma mère me l'accordait en récompense." Colette

 

    

"Par les soirs bleus d’été,

j’irai dans les sentiers,

  Picoté par les blés,

fouler l’herbe menue :

Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.

 

Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :

Mais l’amour infini me montera dans l’âme,

Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,

Par la Nature, - heureux comme avec une femme."

                                                                             Arthur Rimbaud

 

"Il brille, le sauvage Été,

La poitrine pleine de roses.

Il brûle tout, hommes et choses,

Dans sa placide cruauté.

 

Il met le désir effronté

Sur les jeunes lèvres décloses ;

Il brille, le sauvage Été,

La poitrine pleine de roses.

 

Roi superbe, il plane irrité

Dans des splendeurs d’apothéoses

Sur les horizons grandioses ;

Fauve dans la blanche clarté,

Il brille, le sauvage Été."

                                  Théodore de Banville

 

"Le long du vieux faubourg, où pendent aux masures

Les persiennes, abri des sécrètes luxures,

Quand le soleil cruel frappe à traits redoublés

Sur la ville et les champs, sur les toits et les blés,

Je vais m'exercer seul à ma fantasque escrime,

Flairant dans tous les coins les hasards de la rime,

Trébuchant sur les mots comme sur les pavés

Heurtant parfois des vers depuis longtemps rêvés.

 

Ce père nourricier, ennemi des chloroses,

Éveille dans les champs les vers comme les roses;

Il fait s'évaporer les soucis vers le ciel,

Et remplit les cerveaux et les ruches le miel.

C'est lui qui rajeunit les porteurs de béquilles

Et les rend gais et doux comme des jeunes filles,

Et commande aux moissons de croître et de mûrir

Dans le cœur immortel qui toujours veut fleurir!

 

Quand, ainsi qu'un poète, il descend dans les villes,

Il ennoblit le sort des choses les plus viles,

Et s'introduit en roi, sans bruit et sans valets,

Dans tous les hôpitaux et dans tous les palais."

                                                                                        Baudelaire

Par Nadael - Publié dans : De la poésie
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Lundi 14 mai 2012 1 14 /05 /Mai /2012 00:00

desamoursderisoires.jpg

Premier roman de Virginie Carton, publié chez Grasset, Mai 2012

 

  A l'image de la couverture (un ballon en forme de coeur), ce roman est léger. L'écriture est fluide et alerte, l'histoire plutôt drôle et tendre, on peut passer un moment agréable de lecture à condition toutefois d'aprécier ce genre de livres qui tend vers le roman de plage. En ce qui me concerne, j'aime alterner mes lectures et Des amours dérisoires a été agréable à lire même si je n'en garderai pas un souvenir impérissable.

 On suit donc les pérégrinations amoureuses de Vincent et sa bande d'amis, Marine, Juliette, Paul, Raphaël, Claire, David... De jeunes trentenaires plutôt immatures qui enchaînent les aventures, avec malgré tout l'envie sincère de trouver la bonne personne, de se poser, de s'installer durablement quelque part avec quelqu'un.

 De tentatives d'approches en séduction, garçons et filles se croisent, se frôlent, font un bout de chemin ensemble puis se laissent pour mieux se retrouver. L'auteure fait de nombreux clin d'oeil à la série Friends – les amis cohabitent quelques jours pour le meilleur et pour le pire lors d'un séjour au ski, ainsi qu'au film Coup de foudre à Notting Hill – Vincent amène une jeune femme qu'il vient juste de rencontrer à dîner chez un couple d'amis - et c'est vrai qu'il y a peu de Hugh Grant dans le personnage principal : maladroit, touchant, charmant.

 Une originalité est aussi à souligner : au fil du texte, une bande-son capte l'attention du lecteur ; de La vipère du Gabon de Vincent Delerm à Week-end à Rome d'Etienne Daho, Des Roses blanches de Berthe Silva à Quelques mots d'amour de Michel Berger en passant par Karin Redinger de Laurent Voulzy, on survole mine de rien quelques standards de la chanson française.

 Un petit roman à lire sous le soleil, exactement!

 

"On ne devrait jamais formuler ses envies. Elles sont trop souvent éphémères. Et lorsqu'elles se dissipent aussi volatiles que les particules d'une fumée, il ne reste plus d'elles que le jugement des autres. Les autres qui attendent de vous la suite que vous donnez à ces envies. Qui vous rendent prisonnier, en position de vous justifier. Vincent avait eu envie d'une relation durable, mais Vincent était un être en perpétuelle évolution. Et ses envies étaient naturellement changeantes. Pour son malheur, deux de ses qualités lui seraient fatales. Vincent était gentil et Vincent était délicat. Il avait aussi un défaut redoutable : il manquait de courage."

"Les filles, contrairement aux idées reçues, sont souvent plus pragmatiques que romantiques et ont presque toutes cette manie d'imaginer systématiquement le moment d'après en oubliant de profiter du moment présent."

"Le sol se déroba sous les pieds de Vincent. Il eut la vision surréaliste d'une énorme cage qui lui tombait dessus, fermée par un cadenas surdimensionné dont seule Marine aurait eu la clé. Il la vit soudain, comme dans une mauvaise scène de Charmed, une queue poussant de son coccyx, des cornes tordues sur la tête, les cheveux rougissant et l'oeil fluorescent, des collants zébrés lui moulant les fesses (…) Il se vit, les bras ballants, beaucoup trop grands pour lui, face à tout le monde. Un peu comme Jacques Brel dans Jef, Olympia 1966. Il entendit comme une résonnance d'outre-tombe : « Non, Vincent, t'es pas tout seul. »"

 

premierroman

Par Nadael - Publié dans : Impressions de lecture - Communauté : La littérature au féminin
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Samedi 12 mai 2012 6 12 /05 /Mai /2012 15:45

 

 

Barbara Carlotti encore, je ne m'en lasse pas... Un vrai coup de coeur pour son dernier album.

Par Nadael - Publié dans : Intermède musical
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Vendredi 11 mai 2012 5 11 /05 /Mai /2012 00:00

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Album d'Eric Battut, publié chez L'édune, Mars 2012

 

 Au temps des dinosaures, la montagne grondait et crachait du feu à tout va. Sa colère calmée, elle s'endormit enfin. Les hommes découvrent alors un endroit parfait pour s'adonner à la chasse et à la pêche dans le lac s'étendant à ses pieds. Le lieu est tellement agréable que les hommes en font leur refuge, ils construisent des habitations et cultivent la terre. Les batailles et les guerres se succèdent. Les hommes élèvent alors toutes sortes d'édifices pour remercier le ciel d'avoir apporté la paix. Puis, c'est l'industrialisation, des fumées s'échappent des usines... Les gens, de plus en plus nombreux, s'activent. On ne distingue plus la montagne complètement dissimulée sous l'accumulation de l'imagination des hommes : routes, voitures, immeubles...

 Et si cela n'était qu'un jeu né de l'esprit d'un petit garçon ? Peut-être qu'il pourrait alors changer l'ordre des choses ?...

  Peu de mots, des illustrations puissantes et belles qui mêlent habilement l'orangé et le noir – évoquant le choc entre l'homme et la nature -. Un album magnifique qui parle de l'évolution de l'homme au fil du temps, du progrès, de la nature, et du pouvoir créatif du genre humain, à quel prix parfois ?

 

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"Ils ont cultivé les pommiers et le blé mais il y a eu les premières batailles, les premières guerrres."

 

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  "La paix est revenue alors des hommes ont dressé des monuments pour remercier le ciel."

 

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"Aujourd'hui la ville a encore grandi. Plus de lac, plus de pommiers, plus de campagne, plus de montagne."

Par Nadael - Publié dans : Dans la bibliothèque de Théotime
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Mercredi 9 mai 2012 3 09 /05 /Mai /2012 08:57

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Premier roman de Laetitia Chazel, publié chez Alma Editeur, Avril 2012

 

"Olfactif, rien que le mot lui faisait envie, il y avait si longtemps qu'ils ne s'étaient plus croisés ni rencontrés, eux d'eux. Des mirages, des illusions, peut-être, et alors quoi ? Sentir respirer s'enivrer se délecter des goûts et des parfums comme s'ils étaient réels, pendant ne serait-ce que quelques fugaces et divines secondes. Retrouver ce pouvoir, ce droit de base qu'il avait cru acquis et inaliénable sans se poser la question."

 

  Très amoureux et entourés d'amis, Barthelémy, jeune avocat d'affaire, est plutôt heureux ; son avenir s'annonce brillant. Il arrive pourtant que la vie réserve de mauvaises surprises, inévitables et irrépressibles. En quelques minutes, Bart bascule. Alea jacta est. Désormais, plus rien ne sera comme avant. Victime d'un accident de moto, il survit mais à quel prix ? Défiguré, anosmique, et privé de sa libido, Bart rentre chez lui, démuni.

 Comment continuer à vivre avec ce visage qu'il ne reconnaît plus, sans le parfum et le goût des choses, sans plaisir, sans désir, en ingurgitant sans cesse des médicaments qui lui donnent la nausée ? Comment imposer ce nouvel homme à sa compagne ?

 Faisant littéralement le vide autour de lui, il souhaite mettre un terme à ses souffrances. La vie n'a plus aucune saveur pour lui. L'abréger est sa seule échappatoire. Il s'offre pourtant une ultime chance en allant dîner dans un très bon restaurant, on ne sait jamais. Si les sens ne lui reviennent pas, une rencontre décisive va avoir lieu ; son voisin de table, un certain Romano Rosario va lui faire une proposition alléchante.

 RR, - comme il aime à se faire appeler - propriétaire de plusieurs palaces dans le monde entier, décèle chez Bart une aptitude qu'il désire exploiter. En effet, en perdant certains de ses sens, ce dernier en a, semble-t-il développé un autre : il aurait la capacité de détecter la malhonnêteté et les mauvaises intentions des gens qu'ils croisent...

 Nous voilà alors plongés, nous lecteurs, dans l'univers des palaces, du luxe, des affaires, de la drogue, et de la mafia avec des personnages hauts en couleur comme La mamma de Romano, le médecin particulier de Bart et ses mystérieux breuvages, Le fidèle secrétaire de RR, Le petit frère à l'esprit ravagé par une overdose, une sublime Iranienne, une ancienne maîtresse...

 J'ai lu ce roman avec délectation, j'ai adoré. L'écriture est vive, les dialogues savoureux, les personnages bien croqués, juste ce qu'il faut de suspens, de la drôlerie parfois, la psychologie de Bart bien mesurée. Un très bon premier roman. Je vais retenir le nom de l'auteure : Laetitia Chazel.

 

"Evidemment, Bart ne pouvait oublier le monstre défiguré qu'il était, ce fantôme qui piétinait sous d'impitoyables semelles les vestiges de feu sa vie, mais aujourd'hui il était considéré, on lui redonnait du corps et du sens. Oui, il avait retrouvé de l'importance, la meilleure chose qui lui soit arrivée depuis longtemps, depuis avant. Il en sentait presque la saveur monter à ce palais qu'il avait perdu."

"Comme pour décrire un paysage à un aveugle de naissance, Romano utilisait des comparaisons, en procédant par petites touches. Avec lui, le sucré devenait onctueux comme une voix de chanteuse soul, le salé aussi vif qu'une piqûre d'insecte, le chaud émouvant comme un sein qui se dénude, l'épicé tenait de la rage d'une colère passagère."

"En Russie, les trottoirs glacés de Moscou, le feutré velouté du Dernier Nabab. En Chine, le grouillement hypnotisant de Shanghai, la sérénité inspirée du Frances. En Inde, la beauté absolue du Rajastan, le luxe sensuel du Gatsby à Jaipur. En Angleterre, la pluie sale de Londres, la désuète et confortable voluptée du Scottie. Les palaces de All Diamond défilaient."

 

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premierroman

Par Nadael - Publié dans : Impressions de lecture - Communauté : La littérature au féminin
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